Le saviez-vous ?
La théorie de la reminiscence n'est pas qu'un truc de filles. C'est aussi et surtout une théorie édictée par Platon – ce qui signifie “aux larges épaules”, appelé ainsi en hommage à Dalida, de son vrai nom Yolanda Gigliotti, ce qui signifie “itsi bitsi tini ouini bikini” - au sortir d'une nuit de beuverie hasardeuse passée sous une des tables du
Joyeux Discobole, un troquet crasseux et fort peu respectable des bas-quartiers d'Athènes - établissement fermé depuis et qui abrite aujourd'hui en ses murs l'entreprise familiale
Moussaka Express 2000, qui vous livre vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et sans même que vous l'ayez demandé, la meilleure Moussaka qui puisse exister de Hêgoumenitsa à Alexandroupolis - théorie qui dit, à peu presque, que notre connaissance de la vérité est le souvenir d'un état ancien où, avant d'être incarnée dans un corps, l'âme – je parle ici du concept nébuleux, pas de la couineuse décérébrée à chapeaux ridicules – vivait au contact des idées pures dans le
monde intelligible.
Bigre.
C'est un peu comme si, pour faire un raccourci, vous découvriez, un matin, quelque chose qui existait déjà en vous, mais dont vous n'aviez pas conscience. Il n'est pas ici question du genre d'expérience surnaturelle qui fait que vous finissez toujours, immanquablement, au lendemain d'une soirée de débauche, par vous exclamer, penché au-dessus d'une cuvette de toilettes : “tiens, je ne me souvenais plus que j'avais mangé ça !”
Mais vous vous demandez certainement où veut-il bien en venir avec ce charabia, et là je vous répondrai que vous n'êtes pas les seuls, et que si vous pouviez parler un peu moins fort, vous seriez gentils, je n'entends plus
les chiffres et les lettres.
Ce que je cherchais à vous dire par le biais de cette subtile digression, c'est que je suis intimement autant que fermement – ce n'est pas incompatible – persuadé d'être la réincarnation d'Elvis Presley.
Mais si, le chanteur.
Bref.
Je suis la métempsychose d'Elvis Presley. Cependant, attention, je dis halte là ! Je ne parle d'identification, mais bien de réincarnation. Je ne m'habille pas avec des costumes taillés dans des boules à facettes. Je ne prends pas mon jet privé (de toute manière il est au garage) en plein milieu de la nuit pour aller me taper un sandwich au beurre de cacahuètes – déjà parce que j'aime pas ça, le beurre de cacahuètes, ça me fait rendre – et confiture d'oignons à l'autre bout du pays, en plein milieu de la nuit, mais peut-être me répète-je. A la rigueur, s'il fallait vraiment, mais c'est bien pour vous faire plaisir, trouver un point commun, peut-être me viendrait à l'esprit ce petit déhanché suggestif qui m'a valu un franc succès auprès des membres de la chorale du troisième - et dernier - âge de la paroisse.
Mais, ne vous méprenez pas, je n'ai rien de rien contre les sosies – puisqu'il faut bien leur donner un nom – de personnes célèbres. J'ouvre ici une parenthèse bienvenue pour éclairer un petit point de détail qui me tient à coeur : être sosie, si ce n'est pas d'une personnalité de premier plan - j'entends par là qui passe souvent à la télé - ne présente aucun intérêt. Tenez, je suis, pour ma part, le sosie parfait, la réplique exacte d'un certain Richard Huwley, Hank pour les intimes, demeurant 1 Sesame Street, Craptown, Nebraska, USA du Nord, sinistre inconnu de ce côté-ci de l'océan méditerranéen, et qui ne doit sa misérable célébrité locale qu'au seul et unique fait d'être mon sosie, fin de la parenthèse.
Je n'ai rien contre les sosies. D'ailleurs, j'ai moi-même été, certes contre mon gré, mais tout de même, sosie officiel de Stone et Charden, de 1972 à 1974, les plus belles années si vous me demandez ce que j'en pense, jusqu'à ce qu'ils soient malheureusement condamnés à la peine capitale par référendum, mais peut-être me méprends-je avec Richard Anthony, pour le coup le plus grand sosie de langue francophone d'Elvis Presley, si ce n'est par le talent, au moins par la corpulence.
Bien entendu, il y aura toujours des esprits chagrins, dont ma tata Jeanine qui fait rien qu'à dire que, pour me faire remarquer qu'Elvis étant mort après ma venue en ce monde, il est fort peu plausible que je puisse effectivement être sa réincarnation, et que je ne serai qu'un vil usurpateur qui ne vient même plus me rendre visite le dimanche.
Certes.
Mais il y a plus troublant encore.
Il semblerait que ce soit exactement ce que pense mon psychiatre, chez qui, puisque c'est ça, je n'irai plus le dimanche.
Seulement là, je pose la question (je tenais à le préciser pour que vous ne soyiez surpris de trouver un point d'interrogation à la fin de la phrase) : peut-on vraiment se fier à ce que pense un psychiatre ?
J'en veux pour preuve et point final à cette chronique parce que, hein, il se fait tard, cette petite anecdote survenue à un psychiatre de 45 ans, brésilien de surcroît – et de naissance – qui, accusé d'avoir abattu une de ses patientes qu'il traitait pour de sordides tracas d'ordre sexuels, a déclaré au procès, pour sa défense : “J'en ai eu marre de tous ces cinglés”.
Mais il est temps que je vous laisse. Le livreur vient de m'apporter la moussaka que je n'ai même pas commandé, et même si, paraît-il, la curiosité est une vilaine qualité, une moussaka, c'est tout de même meilleur chaud.
PS : cette chronique est entièrement dédiée (à l'exception des passages salaces) à mes lecteurs abkhaziens, chaque jour de plus en plus beaux.